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Vaginose
et prématurité:
état de la question
La
prématurité (naissance avant 37 semaines d'aménorrhée=SA)
est la principale cause de morbidité et de mortalité périnatales
dans les pays développés. En France, elle concerne environ
6 % des naissances [1] . Les nouveau-nés
« grands prématurés » sont définis par une naissance entre
22 et 32 SA et représentent environ 1.2 % des naissances
(poids de naissance généralement compris entre 500 et 1500
g). Les séquelles de cette prématurité sont surtout neurologiques,
cognitives, respiratoires et nutritionnelles. La part spontanée
de la prématurité est voisine de 50 %, mais elle serait
voisine de 60 voire 70 % avant 28 SA. Dans le Nord Pas de
Calais, les estimations de la fréquence de la prématurité
ont presque toujours été supérieures à celles de la France
métropolitaine, et cette augmentation concernerait aussi
bien la prématurité spontanée (regrettée) que la prématurité
provoquée (consentie) [1,2] .
Rôle
de l’infection dans la genèse de la prématurité
Les
causes de la prématurité spontanée sont mal connues mais
une grande partie apparaît aujourd’hui liée à une origine
infectieuse [3,4] . Ce lien concernerait
environ 40% des accouchements prématurés, mais ce pourcentage
recouvre des réalités très différentes selon l’âge gestationnel
considéré [5] . Le lien paraît en effet
d’autant plus probable que l’accouchement survient plus
précocement : une étiologie infectieuse est suspectée dans
60 % voire 80 % avant 30 SA [5,6] et ce
pourcentage tombe à seulement 10 - 15 % des cas seulement
après 34 SA [7] . Cette liaison avec l’infection
microbienne est d’autant plus préoccupante que les accouchements
prématurés survenus dans un contexte infectieux sont liés
à un plus mauvais pronostic neurologique et respiratoire
à long terme [8-10]. Ce mauvais pronostic
est en partie dû à une augmentation de la fréquence des
leucomalacies périventriculaires qui surviennent plus facilement
en cas d’infection, ces lésions exposant elles mêmes à une
augmentation du risque d’infirmité motrice cérébrale
[8,9] . Ainsi, la prise en charge d’enfants de
plus en plus prématurés ne semble pas s’être accompagnée
d’une diminution des handicaps liés à la prématurité … peut
être en partie du fait de la prise en charge d’enfants de
plus en plus prématurés nés dans un contexte infectieux
[11].
Définition et risques liés à la vaginose
bactérienne
La vaginose bactérienne (VB) se définit par le remplacement
de la flore vaginale normale (flore de Doderlein faite de
lactobacilles) par des germes principalement anaérobies
ureaplasma urealyticum, mycoplasma hominis,
gardenerella vaginalis, peptostreptococcus,
bacteroides species, prevotella, mobilincus,
porphyromonas, atopobium). La meilleure
manière de repérer la présence de ces germes en trop grande
quantité au niveau vaginal est de réaliser un frottis vaginal
après coloration de gram , puis de décrire l’aspect du frottis.
Le score le plus utilisé et le plus reproductible est celui
proposé par Nugent et al [13] (figure
1). Selon ce score, la flore vaginale est dite "normale"
pour les frottis classés entre 0 et 3 (figure
2), "intermédiaire" pour les frottis classés
entre 4 et 6 (figure
3) et anormale ("vaginose bactérienne") pour
les scores compris entre 7 et 10 [13] (figure
4). Plusieurs études ont montré une association statistique
entre la présence d’une vaginose bactérienne et la survenue
de métrorragies du premier trimestre [14,15],
de ruptures prématurées des membranes [14,16]
d’avortements du second trimestre [17,18] et
d’accouchements prématurés spontanés [5,19,20].
Pour ce qui est de la prématurité, ce lien est d’autant
plus fort que la prématurité est sévère et que les anomalies
de la flore sont mises en évidence précocement au cours
de la grossesse. Alors que les études réalisées après 20
SA situent l’augmentation du risque de prématurité à 1.5
[1.29 - 1.82] chez les femmes porteuses de VB, ce risque
est respectivement estimé à 4.2 [2.1 - 8.4] pour les études
réalisées avant 20 SA et même à 7.5 [1.8 - 31.6] pour celles
réalisées avant 16 SA [21] .
Nature
de la relation entre vaginose bactérienne et prématurité
La
relation qui existe entre la présence d’une vaginose bactérienne
et la survenue ultérieure d’avortements tardifs et d’accouchements
prématurés apparaît de plus en plus comme étant de nature
potentiellement causale [4,11]. D’une part,
les germes retrouvés au niveau du liquide amniotique, du
chorion ou du placenta en cas de menace d’accouchement prématuré
ou d’accouchement prématuré sont les mêmes que ceux que
l’on trouve dans la vaginose bactérienne [4,19]
. D’autre part, les mécanismes qui mènent à la survenue
de l’accouchement prématuré sont de mieux en mieux connus.
Pour ce qui est de la vaginose bactérienne, l’hypothèse
selon laquelle celle-ci favoriserait l’ascension de germes
vers la décidua et les membranes ovulaires, provoquant alors
une endométrite subclinique, puis une rupture prématurée
des membranes et/ou une infection du chorion/de l’amnios/du
liquide amniotique et/ou l’activation de cytokines et de
prostaglandines est tout à fait plausible. Ce mécanisme
a été schématisé par Goldenberg [4] (Figure
5) puis par Romero [22] qui distingue
quatre stades selon l’évolution de l’infection (depuis l’endométrite
sub-clinique jusqu’au stade de broncho-pneumopathie fœtale)
(Figure 6).
Enfin, il est de plus en plus probable que cette ascension
des germes a lieu au début de la grossesse. En effet, lorsque
ces germes anaérobies sont retrouvés après recherche par
PCR dans le liquide amniotique au début du 4e mois – lors
de recherches menées au décours d’amniocentèses réalisées
pour caryotype – le taux d’avortement tardifs ou d’accouchements
prématurés des femmes enceintes concernées est très important,
compris entre 60 et 90 % [23-25]. Il n’est
donc pas étonnant de constater que toutes les mesures visant
à empêcher ou à retarder de manière significative les accouchements
prématurés spontanés aient jusqu’ici en partie échoué, que
ces stratégies aient été basées sur la prescription de traitements
tocolytiques [26] ou antibiotiques [27]
. Au moment où la menace d’accouchement prématuré et/ou
la rupture prématurée des membranes surviennent, les éléments
physiopathologiques dont nous disposons – du moins pour
ce qui pour ce qui est de l’infection - indiquent qu’il
est beaucoup trop tard pour agir sur un mécanisme enclenché
de nombreuses semaines auparavant [27-29].
Fréquence
de la vaginose bactérienne
La
fréquence de la vaginose bactérienne a principalement été
étudiée dans la population générale Nord Américaine. Elle
est comprise entre 14 et 34 % selon les séries [30-32].
Les études européennes sont rares et ont retrouvé des fréquences
bien moindres, comprises entre 4 et 14 % selon les séries
[17,33-35]. Certains facteurs socio-culturels
lui seraient liés: le fait d’avoir un niveau socio-culturel
faible, d’être de race noire ou bien de consommer du tabac
[30-32].
Prévention
de la prématurité par traitement de la vaginose bactérienne
en cours de grossesse
Le
rôle potentiellement causal de la vaginose bactérienne dans
la génèse de la prématurité spontanée a amené à envisager
des traitements antibiotiques, qu’il s’agisse d’une administration
par voie orale [20,32,35-40] ou par voie
vaginale [34,41,42]. Entre 1991 et 2003,
onze essais randomisés [20,32,34-41,42]
ont concerné des femmes enceintes dont toutes ou une partie
étaient porteuses de vaginose bactérienne, qu’elles soient
à haut risque (antécédent de prématurité ou d’avortement
tardif) ou à faible risque (aucun antécédent de prématurité).
Ces essais ont principalement utilisé le métronidazole [32,37,39,40]
ou bien la clindamycine [20,34,35,41,42]
mais parfois des antibiotiques ou des associations moins
adaptées au traitement des infections anaérobies comme l’amoxicilline
[36], ou bien l’association métronidazole-erythrocine
[38]. Les inclusions ont concerné des patientes
dépistées pour la vaginose entre 8 SA et 34 SA et traitées
dans un délai pouvant aller jusqu’à huit semaines. Rassemblés
en méta-analyse par McDonald et al. [43]
(figure 7)
mais sans que les patientes puissent être séparées selon
leur niveau de risque, les essais menés jusqu’en 2003 indiquent
que la prescription antibiotique au cours de la grossesse
a été suivie d’une diminution significative du risque de
rupture prématurée des membranes (OR=0.14 [0.05-0.38]),
d’une diminution non significative du risque d’accouchement
prématuré <32 SA (OR=0.49 [0.05-5.1]), d’une diminution
non significative de la prématurité en général (OR=0.83
[0.59-1.17]) et d’une absence de réduction de la mortalité
périnatale (OR=2.2 [0.7 – 6.6]). Une étude plus récente
– réalisée chez des patientes à bas risque et non prise
en compte dans la méta-analyse de Mc Donald et al– vient
de montrer une diminution significative des avortements
tardifs et de la grande prématurité chez les femmes porteuses
d’une flore vaginale anormale [35].
Limites
des études randomisées menées jusqu’ici
Les
limites de ces études sont dues au fait que certains traitements
ont été administrés par voie vaginale (4 parmi 11) [20,34,41,42],
le plus souvent au second trimestre [32,35-41]
ou en début de troisième trimestre [20,42] mais
toujours avec un nombre très limité de patientes au premier
trimestre de la grossesse [34,35,37] (alors
que tout indique que l’ascension et la prolifération des
germes à partir de la cavité vaginale a lieu en tout début
de grossesse, selon un mécanisme de mieux en mieux connu
[4,22]. Certains échecs des traitements
étudiés pourrait également être dus aux récidives de vaginose
bactérienne qui surviennent dans 20 à 30 % des cas dans
un délai de 2 à 4 semaines [34,43]. Ces
résultats indiquent donc que des recherches complémentaires
doivent être faites [11,43 ,44] en considérant
(i) que seul un traitement antibiotique administré par voie
générale (orale) serait susceptible d’avoir une efficacité
(ii) que les patientes devraient être idéalement dépistées
et traitées au premier trimestre de la grossesse (iii) que
la répétition des cures d’antibiotique pourrait éventuellement
limiter le risque d’échec du traitement.
Recommandations
actuelles
Du fait de ces résultats encourageants mais non significatifs
[43], les recommandations internationales
s’accordent à indiquer que le dépistage et le traitement
de la vaginose bactérienne devraient faire l’objet de travaux
complémentaires [43,44] . Il existe pourtant
une divergence de taille entre les recommandations anglo-saxonnes
et françaises. Alors que les recommandations anglo-saxonnes
ont indiqué jusqu’ici qu’il n’existe pas suffisamment d’argument
pour rechercher et traiter la vaginose bactérienne durant
la grossesse (y compris chez les femmes à haut risque) [44],
les recommandations faites en France par l’Agence Nationale
pour l’Accréditation et l’Evaluation en Santé (ANAES) indiqaient
dès 2001 [45] la nécessité d’un dépistage
et d’un traitement de la vaginose bactérienne chez les femmes
aux antécédents d’accouchement prématuré et la nécessité
de travaux complémentaires chez les femmes à bas risque.
Ces recommandations, basées en grande partie sur la même
littérature [43] devraient cependant aboutir
prochainement aux mêmes conclusions… et les dernières mises
au point anglo-saxonnes vont dans le sens d’un dépistage
et d’un traitement systématiques chez les patientes à haut
risque [46].
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